LE MANIFESTE DE ZAM

Bonsoir à toutes et à tous,

Je me suis demandé comment on inaugurait une boutique.

C’est une vraie question.

Est-ce qu’on coupe un ruban ? Est-ce qu’on fait un discours ? Est-ce qu’on remercie la mairie, les artisans, les fournisseurs, les amis, les enfants, les gens qui ont porté des cartons, les gens qui ont dit « tu vas y arriver », les gens qui ont pensé « elle n’y arrivera jamais » mais qui ont eu la délicatesse de ne pas le dire trop fort ?

Est-ce qu’on commence par dire que tout est prêt ?

Parce que là, évidemment, ça se complique.

Tout n’est pas prêt.

Il reste probablement quelque part une étiquette à coller, un carton qui n’a pas compris qu’il devait disparaître, une idée d’atelier qui attend son heure, une fleur en papier qui penche un peu, un objet qui n’est pas exactement à sa place mais qui prétend le contraire avec beaucoup d’assurance.

Et pourtant, ZAM est ouvert.

Je crois que c’est ça qui m’a pris du temps à comprendre : on n’ouvre pas quand tout est parfait. On ouvre quand il y a assez de désir, assez de couleurs, assez de papiers, assez d’envies, assez de « tant pis, on y va ».

ZAM, c’est une boutique, oui. Mais j’aimerais que ce soit aussi un lieu où l’on puisse venir regarder, toucher, choisir une carte, trouver un carnet, découvrir une création artisanale, s’installer, bricoler, découper, recommencer. Un lieu où les objets du quotidien auraient le droit d’être un peu plus joyeux que prévu. Un lieu pour celles et ceux qui pensent qu’une couleur peut changer une humeur, qu’un papier peut donner une idée, qu’un atelier peut faire du bien sans avoir besoin de se justifier pendant vingt minutes.

J’aimerais aussi vous dire que cette boutique ne sera jamais vraiment terminée.

Son contenu va vivre. Les saisons vont entrer ici. Les créatrices vont évoluer. Les ateliers vont changer. Les idées vont circuler. J’ai envie qu’il y ait toujours une bonne raison de pousser la porte une nouvelle fois. Peut-être qu’un trimestre sera consacré au jardin, un autre au voyage, un autre encore au papier, au textile, à la couleur… J’ai envie que ZAM reste curieux.

Et puis il y a l’autre moitié de ZAM : les ateliers.

Certains seront guidés, en soirée ou en journée, pour apprendre une technique, rencontrer une créatrice, découvrir un savoir-faire. D’autres seront beaucoup plus libres. On pourra venir ici peindre un paysage grâce à un kit créatif, écrire une carte postale, avancer un projet personnel, feuilleter un beau livre, boire un thé ou un café, manger une part de gâteau, discuter… ou simplement s’offrir un moment à soi.

J’aimerais que ce soit un endroit où l’on puisse créer sans avoir besoin de se dire artiste. Où l’on puisse simplement avoir envie d’essayer.

Je voudrais remercier celles et ceux qui sont là ce soir, parce qu’un lieu ne commence vraiment que lorsqu’il est traversé par des gens.

Je voudrais remercier aussi Richard.

Richard, on s’est vus une fois par mois pendant la naissance de ce projet. Il m’a aidée à avancer, à trier, à choisir, à ne pas partir dans toutes les directions — ce qui, me concernant, mérite presque une plaque commémorative.

Il a aidé ZAM à éclore. Sans lui, le projet n’aurait probablement pas vu le jour comme cela. Peut-être pas à ce moment-là. Peut-être pas sous cette forme-là.

Alors, vraiment, merci Richard.

Je remercie aussi mes proches, ceux qui ont vu les coulisses. Les listes, les hésitations, les enthousiasmes, les retards, les questions existentielles sur la place exacte d’une carte postale, les cartons dans la maison, les cartons dans la tête, les cartons dans les conversations. Ce n’est pas toujours simple de vivre à côté d’un projet qui prend autant de place avant même d’avoir une adresse.

Alors merci pour votre patience, votre confiance… et votre indulgence.

Je voudrais aussi remercier les créatrices qui ont accepté de faire vivre cette boutique avec moi.

Parce que ZAM ne sera jamais seulement « ma » boutique. J’aimerais que ce soit une maison commune, où l’on découvre des univers, des sensibilités, des savoir-faire.

Parce qu’au fond, ce qui compte le plus pour moi, ce ne sont ni les objets, ni les ateliers.

C’est ce qui se passe entre les personnes.

On parle souvent de commerce de proximité. Moi, j’aimerais que ZAM soit surtout un lieu de proximité. Un endroit où l’on se rencontre vraiment. Où l’on prend le temps de discuter. Où l’on se souvient du prénom des gens. Où l’on repart avec un objet, parfois, mais surtout avec une idée, une envie, une rencontre ou une conversation.

Dans un monde où tout va très vite, fabriquer quelque chose avec ses mains, écrire quelques mots, partager une table ou simplement prendre le temps de regarder une jolie couleur est peut-être une petite forme de résistance. Et, en tout cas, une belle manière de prendre soin de soi… et des autres.

Alors merci d’être les tout premiers à écrire cette histoire avec moi.

Merci d’être les premiers habitants de ZAM.

Maintenant, profitez.

Mangez, buvez, découvrez les créations, ouvrez les tiroirs, touchez les papiers, posez des questions, écrivez un vœu pour cette jeune plante qui, je l’espère, grandira en même temps que cette boutique.

J’espère surtout que vous reviendrez souvent. Pas seulement quand vous aurez besoin de quelque chose, mais aussi quand vous aurez simplement envie d’un peu de couleur, d’une conversation, d’un atelier… ou d’un moment pour créer.

Faites comme chez vous.

Parce qu’à partir de ce soir, ZAM est un peu chez vous aussi.

Merci.

 

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